MCC - L'incomparable "Spring" à la TOHU et Gandini en conférence

Françoise Boudreault

 

En plus d’une programmation de spectacles en salle ou à l’extérieur, Montréal Complètement Cirque (MCC) donne lieu à diverses activités comme le Marché International du Cirque Contemporain (MICC), fréquenté surtout par les professionnels. On peut y voir des extraits ou présentations de spectacles d’ici et d’ailleurs disponibles pour le marché, assister à des ateliers ou à des conférences, certaines ouvertes au public. C’est l’occasion de savoir qui mijote quoi dans le monde du cirque. Au MICC se développe le réseautage entre les diffuseurs, les compagnies, les agents, les artistes, les subventionneurs, les programmateurs.

 

Le Groupe de recherche sur le cirque de Concordia a concocté lui aussi des activités qui ponctuent le festival, pédagogiques pour la plupart, comme un séminaire de niveau universitaire (infos en anglais) suivi par des étudiants de plusieurs pays. Le Groupe de recherche en cirque organise aussi pendant le festival des discussions, des présentations et des conférences en concertation avec le MICC. Certaines sont ouvertes au grand public comme les deux conférences qui auront lieu le 11 juillet à la bibliothèque de l’École nationale de cirque dont l’une traitera du cirque dans l’espace public et l’autre de l’équité, de la diversité et de l’inclusion dans le cirque contemporain. Le Groupe de recherche a également collaboré avec En Piste, le regroupement national des arts du cirque, qui a offert une classe de maître avec Sean Gandini dans le cadre de son programme de formation continue. 

 

Une conférence de Sean Gandini a réuni le 5 juillet une quarantaine de personne à l’Espace 4 de l’université Concordia. Cet incontournable artiste crée avec sa troupe des spectacles alliant jonglerie et danse. Gandini Juggling a tourné à travers le monde et sa troupe visite Montréal pour une seconde fois puisque Smashed, création en hommage à Pina Bausch, a été à l’affiche au festival MCC en 2013. 

 

Dans la cinquantaine, enjoué et nerveux – il avoue avoir bu beaucoup de café –, Sean Gandini parle de son parcours créatif avec sincérité et humour. Enfant, il voulait devenir clown, puis magicien ; il s’est ensuite intéressé à la linguistique, aux mathématiques, à la peinture, à la jonglerie, à la danse. En 1992, il fonde Gandini Juggling avec Kati Ylä-Hokkala. Il mentionne des artistes comme John Cage, Merce Cunnignham ou le jongleur russe Sergueï Ignatov, qui l’ont inspiré et présente des extraits de créations réalisées au fil des ans, nous faisant découvrir les facettes diversifiées de son talent.

 

Sean Gandini jongle aussi avec les mots en utilisant des expressions comme “vegetables of imagination” ou en disant du cirque qu’il est “seductively skillfull”. Artisan du geste, virtuose du lancer et de la rattrappe, en créant des oeuvres comme Spring , il prouve que les “légumes de son imagination” sont riches en vitamines artistiques et qu’on ne se lasse pas de regarder ses fascinantes chorégraphies. 

 

Spring à voir ou à revoir

 

Pour ce fleuron à son répertoire, Gandini Juggling s’est associé à la Alexander Whitley Company pour une création unissant la jonglerie et la danse contemporaine. Spring débute avec une esthétique minimale : musique électronique presque vintage, plateau nu et cyclo blanc, balles blanches, anneaux blancs, costumes gris, éclairage à l’avenant. Gandini l’a exprimé dans sa conférence : son art dit non au sensationnalisme. 

 

Et puis progressivement les choses se complexifient. On sort de la verticalité habituelle avec des séquences au sol où la danse et la jonglerie tissent des routines ludiques. On passe des balles, aux quilles, aux anneaux. Des couleurs s’ajoutent : une balle verte à travers les blanches, des épaulettes rouges à un chandail, des jeux de couleurs dans les éclairages s’ajoutent aussi. Les ombres des interprètes sont souvent projetées sur le grand cyclo. 

 

Les anneaux blancs changent de couleur au gré des éclairages ou pendant que les jongleurs chuchotent en anglais “Change” ; les couleurs bondissent dans les airs quand les interprètes les nomment : bleu, jaune, rouge, vert, c’est magique. Tous ils jonglent avec 4 anneaux qu’il doivent “flipper” en même temps au bon moment et ce, pendant plusieurs minutes. On ne parle plus seulement de routines complexes, mais aussi de refaire le même geste inlassablement. Pour certains, cette pratique peut sembler répétitive, voire quasi obsessive, alors qu’elle comporte souvent de subtiles variantes. Gandini s’interrogeait pendant sa conférence : “maybe obsession is a part of creativity”... 

 

Le spectacle est intelligemment écrit comme une suite d’études entrecoupées de sketches au ton humoristique, avec de courts textes, que vient présenter un membre de la troupe. Spring ne raconte pas d’histoire autre que celle d’amour entre la jonglerie et la danse.

 

Wes Peden à Montréal

Pour ajouter au plaisir de ce petit chef d’oeuvre, en plus des solides performances de Kati Ylä-Hokkala et des autres membres de la troupe, Wes Peden est l’artiste invité de Spring. Les amateurs de jonglerie qui n’étaient pas de Turbo Fest à Québec en 2016 auront l’occasion de voir en scène cet artiste génial qui n’en est pas à sa première collaboration avec Gandini juggling. Il figure en effet au répertoire de la compagnie avec les coproductions Zebra et Béton. Dans Spring il s’intègre à des chorégraphies de groupe et ses solos sont époustouflants. Il a une manière bien à lui de faire tourner les anneaux avec ses bras. Excentrique dans le meilleur sens du terme, Wes Peden est reconnu pour son hallucinante maîtrise technique, sa grande inventivité et sa propension à créer des performances où, en plus des balles, quilles et anneaux, il jongle avec des accessoires hétéroclites comme des palmiers gonflables.


Spring compte certainement parmi les spectacles marquants de cette édition de Montréal Complètement Cirque, non seulement pour donner à voir deux grosses pointures de la jonglerie comme Gandini Juggling et Wes Peden mais pour donner la chance aux montréalais d’apprécier une oeuvre à la signature unique et si complexe qu’on peut revoir le spectacle pour en apprécier les détails ou les performances des artistes en scène. Le printemps est repassé en été à la TOHU pour les chanceux qui ont saisi la balle au bond.

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